Autarcie informationnelle en Iran

Historique d'un enfermement informationnel

  

              Dans son article Iran : pas de révolution 2.0, François Bernard Huyghe évoque le blocage de millions de sites par le gouvernement iranien 1. Un filtrage centralisé permet en effet d'interdire de nombreuses pages pour leur contenu jugé immoral ou anti-social. L'autarcie informationnelle est donc bien présente en Iran, et n'a pas lieu seuelement sur internet. Dans les médias, la production de contenu nationale ne laisse que très peu de place aux importations. Les médias sont sous développés et un espace de liberté d’expression manque significativement dans le pays. Le nombre de quotidiens pour 1000 personnes est estimée entre 15 et 23, chiffre très loin du niveau minimum préconisé par l’Organisation des Nations Unies. Les médias n’ont pas véritablement de marge de manoeuvre, leur financement dépendant essentiellement du pouvoir en place.

Le quotidien Hamshahari est le quotidien le plus tiré en Iran avec 400000 exemplaires publiés chaque jour. Fondé par Gholamhossein Karbastchi, maire de Téhéran jusqu’en 1998, sa publication reste sous l'emprise de la mairie de la capitale.

Dans son article Médias et Pouvoir en Iran dans Les Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée Orientale et le monde Turco-Iranien, Kazem MOTAMED-NEJAD, note en effet que la presse iranienne n’a pas connu de période florissante contrairement à celles de la Turquie ou de l’Algérie 2. L’assassinat du chancelier progressiste Amir Kabir en 1852 semble avoir entraîné la régression de la qualité des publications. 

En 1921 arrive au pouvoir Réza Shah grâce à un coup d’Etat des Britanniques. La liberté de la presse est à nouveau mise à mal et les médias deviennent de véritables alliés au service de la propagande gouvernementale. Les quelques journaux d’oppositions sont supprimés et leurs journalistes sont activement recherchés.

Roger LESCOT, diplomate français, a vécu en Iran pendant cette période de tensions. Il décrit de cette manière la presse du pays : "La presse délaisse presque totalement la politique pour se consacrer à l'étude de questions économiques, culturelles et surtout archéologiques! L'un des mérites du régime est d'avoir supprimé, dans les limites de l'Empire, toutes divergences de vues sur les affaires de l'État!”3

Dans les années 30, la propagande rallie l’intelligentsia moderne et l'autarcie informationnelle n’en devient que plus radicale. En 1938, l'Organisation de formation de l'opinion publique commence à prendre en charge dans le cadre de l'Université de Téhéran la formation des journalistes, mettant en place un cursus clairement orienté.

Lors de la nationalisation du pétrole entre 1950-53, la liberté de la presse semble montrer le bout de son nez avec plus de 2000 autorisations de publication. Néanmoins l'intervention de la C.I.A, le coup d'État américain en faveur du Shah et la restauration de la monarchie balayent d'un revers toutes libertés politiques et médiatiques. A ce moment-ci, "La liberté d'expression  est tuée dans l'oeuf" écrit MOTAMED-NEJAD, "les médias sont devenus de simples instruments de propagande gouvernementale et de légitimation du pouvoir".

Toute opposition fut censurée. Le prétexte était le suivant : protéger l’Etat.

La télévision est introduite dans le pays en 1958, d’abord dans la capitale, et devient quelques années plus tard monopole d’Etat, faisant des bulletins d’informations des vitrines de la famille royale. Kazem MOTAMED-NEJAD parle de situation de contre communication : l’Etat et le peuple ne communiquait pas réellement. A la veille de la révolution de 1978 qui transforma l’Etat impérial iranien en république islamique, le peuple se tourne alors peu à peu vers d’autres sources d’informations étrangères comme la B.B.C.

Lors de la restauration de la république islamique, la censure se réduit considérablement et les médias comme la radio se révèlent être moins contrôlés. La presse jouit d’une liberté toute neuve et de nombreux journaux apparaissent, tous de caractère politique. Les imprimeries sont débordées. Un mouvement de contestation s’élève cependant au sein des diverses fractions extrémistes islamiques, qui voient d’un mauvais oeil ce climat de liberté; les manifestations, d’abord en marge, débouchent sur l’occupation de différentes rédactions de journaux tels que Keyhân. L’année 1980 voit lors de son mois de septembre le début de la guerre contre l’Irak. L’islamisation des médias reprend et restera marquée jusqu’en 1988. L'État-major de propagande du Conseil Supérieur de la Défense prend en effet en main le contrôle des médias. En un an, 20 publications furent interdites ou vouées à la clandestinité. Sur la seule chaîne de télévision et sur la seule station radio disponible sur le territoire iranien, les messages de propagande qui pullulent semblent à nouveau créer un fossé entre le peuple et le système audiovisuel du pays. Malgré certains débats diffusés à la télévision entre les différentes mouvances politiques du pays, les Iraniens restent hostiles aux médias.

Aujourd'hui, toutes les radios et télévisions émettant depuis l’Iran sont contrôlées par le gouvernement. C’est Ali Khamenei, le guide de la révolution soit le plus haut responsable politique et religieux du pays qui nomme les directeurs des chaînes de télévision et des radios nationales. La censure s'applique aussi bien à l'actualité qu'à des travaux de fiction, bloquant la publication de nombreux contenus d'opposition. Sur internet, la censure concerne Facebook, Twitter, YouTube, et bien d'autres sites sont bloqués en Iran depuis qu'ils ont été utilisés pour organiser les manifestations de la "Green Revolution" en 2009. De plus, toutes les communications électroniques sont filtrés et analysés par le gouvernement.

                    Les médias ont finalement peu eu le temps de véritablement s’épanouir en Iran. Selon MOTAMED-NEJAD, les revendications politiques pour la liberté d'expression ont supplanté tous les autres sujets de mécontentement dans le pays. Les médias de masse se sont toujours révélés être sous l’emprise de l’Etat, contrairement à la presse écrite qui a su, dès que le contrôle du pouvoir central montrait un de faiblesse, représenter une plus grande diversité d’opinions. 

 

1. François-Bernard HUYGHE, "Iran : pas de révolution 2.0", 16 mai 2011 (consulté le 28 février 2017).

Disponible à l'adresse : http://www.huyghe.fr/actu_926.htm

2. Kazem MOTAMED-NEJAD, « Médias et pouvoir en Iran », Cahiers d’études sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien [En ligne], 20 | 1995, mis en ligne le 13 mai 2006, consulté le 03 novembre 2016. URL : http://cemoti.revues.org/1667

3. Roger LESCOT. "Note sur la presse iranienne". Revue d'études Islamique, Paris, 1938, No. 2 et 3, p. 261-77

Commentaires (3)

Manuel Pataloyo
  • 1. Manuel Pataloyo | 21/03/2017
Super article!
Jean-Bernard
  • 2. Jean-Bernard | 19/03/2017
trop cool hihi
Jean-François
  • 3. Jean-François | 21/02/2017
Article très intéressant, j'aime beaucoup.
Cordialement.
Jean-François

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